Ghani Alani, le gardien du geste
exposição

Ghani Alani, le gardien du geste

  • De sexta-feira, dezembro 12, 2025 a quarta-feira, dezembro 31, 2025
  • 10:00-18:00
  • Institut du Monde Arabe 1 Rue des FossĂ©s Saint-Bernard, 75005 Paris, França

Info

Date et lieu : 12 décembre 2025 à 9h, Institut du monde arabe, Paris.

Cette exposition, prĂ©sentĂ©e Ă  l’Institut du monde arabe Ă  Paris le 12 dĂ©cembre 2025, met Ă  l’honneur le maĂźtre calligraphe Ghani Alani, dernier reprĂ©sentant de l’école de Bagdad. Il est aussi le premier dont le geste aura Ă©tĂ© sauvegardĂ© grĂące Ă  un numĂ©risateur gestuel conçu par le CNRS. L’exposition propose de s’immerger dans un espace oĂč la calligraphie cesse d’ĂȘtre uniquement Ă©criture pour devenir prĂ©sence.

Au cƓur de l’art sĂ©culaire de la calligraphie arabe se trouve l’école abbasside de Bagdad, dont le dernier reprĂ©sentant, Ghani Alani, incarne l’exigence et la recherche.

Le projet Identification du ductus des Ă©critures mĂ©diĂ©vales (CNRS) renouvelle la prĂ©servation du geste au moyen d’un numĂ©riseur gestuel, qui capture non seulement la trace Ă©crite, mais aussi le mouvement du calame dans l’air, offrant une modĂ©lisation en 3D et 4D. GrĂące Ă  cet outil, Ghani Alani est le premier artiste-calligraphe dont le geste sera sauvegardĂ©.

« Dans le domaine de la calligraphie, la silsila (chaĂźne de transmission) des maĂźtres de l’école de Bagdad est ancienne et reconnue. La premiĂšre ijaza (permission d’enseigner) qui nous soit parvenue date du XIIe siĂšcle et Ghani Alani est aujourd’hui le dernier reprĂ©sentant de cette Ă©cole, le seul Ă  avoir reçu une ijaza de son maĂźtre, Hashem al-Baghdadi (1917-1973).

Dans l’école de Bagdad, le savoir s’acquiert par le regard, l’observation, la contemplation du maĂźtre, prĂ©cise Ghani Alani. Il ne s’agit pas seulement d’une technique raffinĂ©e mais de l’expression intime d’une identitĂ©, d’une spiritualitĂ© et d’une tradition. Ainsi, quand le dernier maĂźtre pose son calame sur la feuille, sa main est le prolongement du geste des gĂ©nĂ©rations de ceux qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©, et la promesse de nouvelles crĂ©ations, habitĂ©es par le mĂȘme esprit.

Pour G. Alani, la calligraphie est un cheminement intĂ©rieur. Son Ɠuvre constitue l’archive vivante d’un savoir ancien, transmis avec rigueur et humilitĂ©. Observer sa main en mouvement, c’est entrer en contact avec une tradition qui parle Ă  travers le corps, scellĂ©e par l’ijaza.

Ses gestes ont Ă©tĂ© capturĂ©s numĂ©riquement grĂące Ă  des technologies de capture de mouvement et transformĂ©s en trajectoires dans l’espace. De ces trajectoires naissent des sculptures imprimĂ©es en 3D, des photographies tridimensionnelles d’un fragment de geste, gravĂ© dans l’air, suspendu entre le monde du visible et celui de l’invisible.

À l’intĂ©rieur de l’espace d’exposition, une tablette numĂ©rique diffuse les enregistrements vidĂ©o et sonores de l’Ɠuvre du maĂźtre : une immersion lente et respectueuse dans l’intimitĂ© de sa crĂ©ation. Le chant du calame investit l’espace 3D. On se souvient des mots du maĂźtre Hashem al-Baghdadi au jeune Ghani : « Écoute, Ă©coute ton calame ! » RĂ©vĂ©ler l’acte crĂ©atif, c’est restituer son entiĂšretĂ© Ă  la calligraphie, dont une partie restait encore cachĂ©e. Un patrimoine immatĂ©riel Ă  admirer, comprendre et sauvegarder. »

Muriel Roiland, Maria Gurrado et Giuseppe Gurrado

Et le geste devient forme


Au cƓur de l’Institut du monde arabe, un parcours suspendu prend vie, une installation qui ne se laisse ni totalement expliquer, ni pleinement dĂ©chiffrer. DĂ©libĂ©rĂ©ment, le degrĂ© d’exposition reste partiel, incomplet. Comme les gestes authentiques : ils ne s’expliquent pas, ils se traversent.

Ici, le visiteur est invitĂ© Ă  s’immerger dans un espace oĂč la calligraphie cesse d’ĂȘtre uniquement Ă©criture pour devenir prĂ©sence. Les sculptures qui habitent ce lieu sont des tracĂ©s, mais pas seulement. Elles ne reprĂ©sentent pas un mot, mais le mouvement mĂȘme qui l’a engendrĂ©. Chaque courbe, chaque torsion est une mĂ©moire du geste. Une mĂ©moire vivante.

Ici, ce qui s’efface habituellement – l’air dĂ©placĂ© par la main, le frĂ©missement imperceptible de la tension, le rythme d’un savoir transmis – devient tangible et solide. La partie invisible de l’écriture, celle qui prĂ©cĂšde l’encre et la dĂ©passe, prend corps.

Elle est lĂ , sculptĂ©e, et pourtant lĂ©gĂšre. Elle est lĂ , et elle nous regarde. Le parcours n’est pas didactique, ni illustratif. Il est contemplatif. Il invite Ă  s’arrĂȘter, Ă  Ă©couter un temps plus lent. Un temps fait d’attention, de prĂ©cision, de respect.

Technologie et artisanat se rencontrent non pour simplifier, mais pour protĂ©ger. Pour offrir au geste un nouvel espace oĂč continuer d’exister, au-delĂ  de la feuille, au-delĂ  du prĂ©sent.

Il ne s’agit pas de regarder, mais de percevoir. De comprendre sans traduire. Car dans chaque pli de ces tracĂ©s vit l’essence invisible de celui qui a Ă©crit.

Et cette présence, désormais, demeure.

Giuseppe Gurrado, commissaire de l’exposition

Local

1 Rue des Fossés Saint-Bernard, 75005 Paris, França

Institut du Monde Arabe

1 Rue des Fossés Saint-Bernard, 75005 Paris, França