Un Monde Parfait - Sculptures monumentales
- Vom mittwoch, juni 25, 2014 bis sonntag, oktober 5, 2014
- 10:30-18:30
- Pavillon de l'Arsenal 21 boulevard Morland
Info
A partir du 25 juin 2014, dĂ©couvrez ou redĂ©couvez un patrimoine moderne francilien Ă travers l'installation Ă©volutive "Un Monde Parfait" rĂ©alisĂ©e par les artistes Martine Feipel & Jean Bechameil. A l'heure oĂč la modernitĂ© est rĂ©interrogĂ©e lors de la 14e biennale internationale d'architecture de Venise, cette installation interprĂšte trois monuments habitĂ©s du XXe siĂšcle pour permettre Ă chacun de mieux les connaĂźtre et les apprĂ©hender.
L'installation se constitue de sculptures monumentales inspirĂ©es des 4 tours "nuages" du quartier Pablo Picasso construites par lâarchitecte Emile Aillaud, de la barre de la CitĂ© des 4000 Ă la Courneuve conçue par ClĂ©ment TambutĂ© et Henri Delacroix et enfin des Orgues de Flandres, Ćuvre de Martin Schultz Van Treeck dans le 19e arrondissement de Paris. InĂ©dite, cette derniĂšre sculpture vient, Ă lâoccasion de l'exposition au Pavillon de l'Arsenal, enrichir le projet « Un monde parfait ». Elle a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e grĂące Ă un appel Ă financement participatif sur la plate-forme kisskissbankbank.com et a fĂ©dĂ©rĂ© plus de 80 internautes ont ainsi contribuĂ© Ă sa rĂ©alisation.
Autour de ces "sculptures maquettes" hors normes (plus de 3m50 de haut, 4m de long), le Pavillon de l'Arsenal propose tout l'Ă©tĂ© des activitĂ©s de mĂ©diation, des ateliers pĂ©dagogiques et des visites guidĂ©es afin de partager avec le plus grand nombre ces architectures emblĂ©matiques. . « Câest la monumentalitĂ© et lâidĂ©e de progrĂšs de cette architecture, unique en son genre et partiellement en voie de disparition, qui nous intĂ©resse et sur laquelle nous souhaitons continuer Ă travailler en tant quâartistes plasticiens ».
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PrĂ©sentation dâun Monde parfait par Julie Crenn, critique dâart
Martine Feipel et Jean Bechameil dĂ©veloppent une rĂ©flexion autour de lâexpĂ©rience physique et perceptuelle de lâespace intĂ©rieur comme extĂ©rieur. Les volumes, lâarchitecture, le rapport au corps, lâhabitat et lâhabitant composent leur vocabulaire plastique et conceptuel. Lâhistoire dâun lieu spĂ©cifique donne naissance Ă leurs projets oĂč la perturbation et la modulation de lâespace viennent nourrir un rĂ©cit aux registres multiples. Un Monde Parfait est un groupe sculptural qui trouve son origine Ă la suite dâun constat. En voiture, le long dâun pĂ©riphĂ©rique, les artistes font le constat de la fin dâun rĂȘve. Ils rencontrent des immeubles de logement vieillissants, dont les murs dĂ©litĂ©s ont noirci et dont les couleurs autrefois Ă©clatantes ont terni. Une pointe dâamertume et de curiositĂ© les empare. Ils entament des recherches sur le bĂątiment en question mais aussi sur les rĂ©percussions de lâarchitecture moderne sur les constructions mises en Ćuvre depuis la Seconde Guerre jusquâaux annĂ©es 1970. Ils Ă©tudient les plans dessinĂ©s Ă la main, partent Ă la rencontre des Grands Ensembles en survivance pour interpeller leur histoire, leur prĂ©sence et leur devenir.
Construits aprĂšs la Seconde Guerre Mondiale pour reloger la population et apporter le confort de la vie moderne Ă la classe ouvriĂšre, les Grands Ensembles marquent le paysage urbain par leurs imposantes silhouettes. Leurs tours et leurs barres abritent plusieurs centaines de logements, constituant ainsi de vĂ©ritables citĂ©s oĂč la vie collective est mise en avant par leurs concepteurs. RelĂ©guĂ©s aux abords des grandes villes, ils sont au fil des dĂ©cennies dĂ©considĂ©rĂ©s et abandonnĂ©s par les pouvoirs publics. Un dĂ©sintĂ©rĂȘt qui engendre un dĂ©labrement des bĂątiments accompagnĂ© parfois dâun sentiment de rejet de la part de leurs habitants. De nombreux programmes de dĂ©molition, de reconstruction ou de rĂ©habilitation sont donc mis en place depuis les annĂ©es 1990. Martine Feipel et Jean Bechameil travaillent Ă partir de bĂątiments survivants dont lâapparence et la vie sont dominĂ©es par une prĂ©caritĂ©. RĂ©el ou imaginĂ©, les artistes sâattachent notamment Ă un moment prĂ©cis, le temps court durant lequel la barre ou la tour est dĂ©shabillĂ©e juste avant sa dĂ©molition. PrivĂ©e de ses verres, de son acier et de tous ses apparats, elle est nue et comme suspendue dans le temps. Dâune part, le passant peut imaginer quâelle est en chantier, sur le point dâĂȘtre habitĂ©e ; dâune autre, quâelle est en fin de vie, ante-disparition. Ă ce moment prĂ©cis, lâimmeuble dĂ©voile une vulnĂ©rabilitĂ© et une impuissance que les artistes veulent saisir, eux-mĂȘmes pris par le doute et une forme de nostalgie. Ils retiennent alors cette apparence transitoire pour tĂ©moigner de leur attachement Ă lâarchitecture gĂ©nĂ©rĂ©e entre les annĂ©es 1950 et 1970, de lâutopie quâelle a vĂ©hiculĂ©, mais aussi pour poser une sĂ©rie de questions. Le dĂ©laissement politique interroge par exemple la lĂ©gitimitĂ© et lâavenir du patrimoine du logement social en France.
Lâabandon de certaines barres dâimmeubles renvoie inĂ©vitablement Ă la fin de lâutopie moderniste, la fin dâun monde parfait. Les « Grands Ensembles » leurs apparaissent aujourdâhui inadaptĂ©s Ă la vie actuelle rythmĂ©e par un individualiste exacerbĂ©, par le besoin dâespace et par lâaccession Ă la propriĂ©tĂ©. Lâutopie du vivre ensemble, du partage et de la vie collective semble progressivement sâĂȘtre Ă©vanouie. LâĆuvre de Martine Feipel et Jean Bechameil retient leurs silhouettes. Si lâutopie des architectes modernes est effritĂ©e, Un Monde Parfait traduit la persistance et la rĂ©sistance de son essence.
Ort
Pavillon de l'Arsenal
21 boulevard Morland