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IVANOV d'A. Tchekhov

  • Van vrijdag, januari 16, 2015 tot en met woensdag, april 29, 2015
  • 20:00-22:30
  • Théâtre de L'Odéon Place de l'Odéon

Info

«Dans nos œuvres», écrivait Tchekhov, «il manque l'alcool qui enivre et subjugue. Nous décrivons la vie comme elle est, et à part ça rien du tout». Son écriture délivre en effet des ivresses ordinaires. Distillant une liqueur qui n'est pas de ce monde et n'appartient pourtant qu'à lui, elle nous libère en nous rendant plus sensibles au lieu de nous anesthésier : elle est un élixir qui concentre la vie «comme elle est». Cette vie qui se passe de commentaires grandiloquents, errant en quête de son intensité, qu'a-t-elle donc de dramatique ? à la voir en scène, on croirait qu'elle se coule d'elle-même dans sa propre forme. Les événements y sont impondérables et minuscules, cailloux ridant l'étang de la banalité, soulevant quelques vagues promises à un rapide effacement.
Par quelle magie Tchekhov rend-il inoubliables ces destins sans relief qui se débattent dans leur propre inconsistance – quand du moins ils en ont le sentiment ? Tchekhov écrit Ivanov en 1887. Il a vingt- sept ans et exerce la médecine depuis 1884. Sa première pièce, Platonov, a été refusée par le Théâtre Maly cinq ans plus tôt. La deuxième, Sur la grand-route, adaptée d’une de ses nouvelles, a été interdite par la censure. Tchekhov a pourtant commencé à se faire un nom. Son premier recueil, Les contes de Melpomène, a été publié en 1885, et depuis 1886, il collabore régulièrement à un grand quotidien de Saint-Pétersbourg tout en fréquentant les milieux du théâtre. Après une nouvelle adaptation en un acte d’un de ses récits, il s’attaque à Ivanov.
À son frère Alexandre, il confie en ce temps-là l’un de ses trucs de composition : «je mène tout l’acte tranquillement et doucement, mais à la fin, pan dans la gueule du spectateur !» Chacun des quatre actes d’Ivanov s’achève en effet sur une surprise ou sur un choc. Leur violence va croissant à mesure qu’avance le drame. C’est d’abord la brusque décision d’Anna Pétrovna d’aller retrouver, malgré sa maladie, son mari Ivanov à la soirée que donne Lébédev pour les vingt ans de sa fille Sacha. C’est ensuite son arrivée inopinée alors qu’Ivanov et Sacha sont enlacés. À la fin du troisième acte éclate une scène atroce entre les deux époux, au cours de laquelle Ivanov, harcelé, accablé, ne peut s’empêcher d’insulter son épouse puis de lui révéler que sa maladie va bientôt l’emporter. La pièce s’achève, un an après les obsèques de la malheureuse, par le suicide d’Ivanov devant Sacha, sa famille et les témoins rassemblés pour leurs noces...
Mais un chef-d’œuvre de Tchekhov ne se réduit pas plus à quelques coups de théâtre que ne se laisse résumer la poésie poignante du temps tchekhovien qui s’écoule «tranquillement et doucement», dans un désœuvrement et un ennui traversés de soudains éclats d’ironie ou de violence, dans la tristesse provinciale que hante le rêve d’une vie plus vraie.
Ce genre d'atmosphère qu'on dirait chargée d'électricité éthique, ce théâtre du frôlement, de la subtile demi-teinte sentimentale où la pudeur et l'ironie habitent les mêmes silences, conviennent particulièrement bien à Luc Bondy, qui se plaît à travailler, comme l'écrivait Schnitzler, «dans la pénombre des âmes». Curieusement, en plus de quarante ans de carrière, il n'a pourtant entamé que deux fois le dialogue avec Tchekhov. D'abord avec Platonov à la Volksbühne en 1978, puis avec une très belle Mouette, créée à Vienne avant d'être présentée dans la Grande salle de l'Odéon un an plus tard, en février 2002. Le rendez-vous est donc trop rare pour être manqué. Ces personnages que Tchekhov disait n'avoir «pas truqués d'un centimètre, pas faussés d'un iota», sont faits pour s'accorder avec le sens «bondyen» du romanesque et de la frivolité déchirante.

Locatie

Place de l'Odéon

Théâtre de L'Odéon

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